DOSSIER - Fourrages et silos : Quels silos pour stocker les ensilages ? (1/9)
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Actualisé le 15 avril 2018

La première étape pour une bonne conservation et valorisation des ensilages passe par des silos de stockage adaptés aux besoins du cheptel, notamment en termes de dimensions.

La réalisation d’un silo est un investissement à long terme qui se réfléchit car les coûts engendrés peuvent s’avérer élevés.


Photo prise aux États-Unis.
Système de bâche unique avec lestage flancs de pneus.


En collaboration avec Romain Guégan, Stéphane Saillé et Johan Cariou de BCEL Ouest, nous vous proposons ainsi une série d’articles "Fourrages et silos".


Ce premier volet répondra à la question
"Quels silos pour stocker les ensilages ?"


Les grandes questions à se poser avant d’investir


Avant de se lancer dans la construction de nouveaux silos, la réflexion doit prendre en compte de nombreux facteurs comme par exemple :

1.    Les différents types de fourrages à stocker : quelle diversité dans la ration (herbe/maïs/méteils…) ? Y-a-t-il des fourrages spécifiques à stocker pour des génisses, des taurillons… ?

2.    Les volumes d’ensilages utilisés sur l’exploitation : prendre en compte les besoins des animaux et le type de ration distribuée (quantité d’herbe pâturée dans la ration qui influencera les besoins en stock).
Pour la zone BCEL Ouest, nous retrouvons en moyenne 70% d’ensilage dans les rations vaches laitières pour la campagne 2015-2016 (Source : ODIT’LAIT BCEL Ouest, 2016).
Pour cette même période, la consommation de stock est en moyenne de 3.8 T MS/UGB tandis que la quantité d’herbe pâturée est de 1.7 T MS/UGB.

3.    La vitesse d’avancement du front d’attaque qui impactera la largeur du silo :
 
Il faut estimer en particulier la vitesse d’avancement lors de la période de forte pousse de l’herbe : température plus élevée et diminution des quantités distribuées dans la mesure où les vaches pâturent.

Comme repères, nous pouvons retenir les objectifs de 10-15 cm l’hiver et 20 cm l’été. Attention donc, ce n’est pas le débit du chantier d’ensilage qui doit déterminer les dimensions de votre nouveau silo.


4.    L’emplacement du silo : celui-ci doit faciliter le remplissage et le tassage lors du chantier d’ensilage mais doit surtout prendre en compte la praticité quotidienne (distance avec le lieu de distribution, distance entre les silos, facilité d’accès …).

Exemple avec trois silos de dimensions différentes

Prenons comme exemple trois silos de dimensions différentes, et ce pour un troupeau de 80 vaches laitières. Le silo 3 permet de distribuer 7 kg de MS de maïs au printemps/été. Idéal pour valoriser le pâturage sans échauffement du front d’attaque (avancement de 20 cm/jour).

Avec le silo 2, si on incorpore du pâturage dans la ration, il faudra se limiter à un avancement de 10 cm/j, ce qui peut pénaliser la conservation.

Pour le troupeau de 80 vaches, le silo 1 permet de bien répondre à une ration hivernale basée sur le maïs (15.5 kg MS/jour).

*Un facteur comme la densité de l’ensilage doit aussi être pris en compte (transformer les volumes de fourrages en volume de silos) : pour un ensilage de maïs à 32-33% de MS, la densité se situe entre 220 et 260 kg MS/m3 (prendre 230 kg MS/m3 en moyenne).

 

Silo 1

Silo 2

Silo 3

Dimension du silo (type silo couloir)

Hauteur (m)

3

2.5

1.5

Largeur (m)

18

12

8

Kg de MS désilé/jour*

Si avancement
de 10 cm/j

1242

690

276

Si avancement
de 20 cm/j

-

1380

552

Kg de MS désilé/jour/VL pour un troupeau de 80 VL*

Si avancement
de 10 cm/j

15.5

8.6

3.5

Si avancement
de 20 cm/j

-

17

7

*La densité de l’ensilage doit être prise en compte (transformer les volumes de fourrages en volume de silos) :
pour un ensilage de maïs à 32-33% de MS, la densité se situe entre 200 et 260 kg MS/m3 (230 kg MS/m3 en moyenne pour notre calcul).

Les silos couloirs dominent


Il existe plusieurs types de silos. A l’heure actuelle, dans la majorité des situations, c’est le silo couloir qui est privilégié.*

Le silo couloir est relativement simple de construction. Le remplissage demande de la main d’œuvre pour le tassage et la couverture (en comparaison d’un silo tour par exemple) mais la reprise est facile et généralement bien adapté aux outils de désilage présents dans les exploitations.

Ce type de silo présente aussi l’intérêt d’une certaine souplesse sur le volume stocké : on peut « sur-remplir » le silo en cas de rendement supérieur (attention à la conservation !). Les silos couloirs peuvent également permettent l’affouragement en libre-service.

En comparaison d’un silo tour, un grand soin doit être apporté à l’étanchéité. Le choix des matériaux sera important : opter pour un béton anti-acide (type XA3) qui favorisera la longévité du silo. Veiller à l’épaisseur de la dalle, 15 cm et une pente de 1-2%. Eviter une orientation plein Ouest et Sud (pluie, chaleur / A moduler selon les possibilités d’implantation).

Le silo taupinière peut être une solution en cas de manque de stockage dans un silo couloir ou alors pour réaliser un silo tampon par exemple. Le principal inconvénient est la reprise, notamment en conditions hivernales.

L’étanchéité et la densité sont généralement moins bonnes que dans un silo couloir (en moyenne 30 kg MS/m3 en moins pour un ensilage de maïs) d’où une moins bonne conservation. Ce type de silo reste néanmoins très peu onéreux et peut bien corresponde à la gestion des excédents de récolte.

Le silo tour est peu présent dans les élevages laitiers Français. Il offre de nombreux avantages : moins de perte ; meilleure conservation ; plus forte densité de l’ensilage (pas de tassage à réaliser) ; pas de bâchage du silo à la récolte ni de débâchage hebdomadaire ; facilité pour gérer le stockage de plusieurs coupe (ex : ensilage d’herbe, 5 récoltes/an) ; besoin en place limité par rapport à un silo couloir.

Par contre, il y a des risques d’accidents plus élevés (gaz notamment). La reprise est permise par des systèmes de désilage positionnés au-dessus ou en-dessous de la colonne de fourrage. Pour bien stocker le fourrage dans les silos tours, il faut viser un taux de MS minimum de 32%MS afin de limiter les écoulements par les jus. Ce type de silo est adapté pour des grands volumes. Prévoir un bon socle de béton.

D’autres techniques de stockage de l’ensilage existent.

Prenons l’exemple du silo boudin. Il peut être une alternative dans certaines situations :

silo de transition, silo tampon, silo sur un autre site de l’exploitation, silo de printemps avec des vaches au pâturage qui consomment moins de maïs.

Les avantages sont : meilleure conservation (herméticité du boudin), moins d’échauffement à la reprise car permet d’avancer plus vite, reprise facilitée (au godet). Les inconvénients principaux sont la gestion de la bâche (quantité à éliminer) ainsi que le coût de la technique.

Quel est le coût d’un silo ?


Pour un silo couloir en béton, il faut compter en moyenne 40 € HT/m3. Par exemple, Si j’ai 25 ha de maïs à stocker ça correspond à 25*12t = 300t/230kg = 1300 m3 x 40 € = 52000 € Si le silo couloir est enrobé, alors le coût moyen sera de 35 € HT/m3).
Pour un silo tour en tôle d’acier émaillée, il faut compter en moyenne80 €/m3, silo nu, hors équipement de chargement et de reprise. Une désileuse par le haut avec le convoyeur coûte environ 15 000 €.

Cette première étape est essentielle pour garantir un stockage et une reprise adaptée de vos ensilages. Ensuite, il sera important de tout mettre en œuvre pour assurer une bonne conservation du fourrage stocké. Nous aborderons ce point lors dans nos prochains articles.


Charly Guérin, en collaboration avec
Stéphane Saillé et Romain Guégan de BCEL Ouest